Remettre la philanthropie à sa place

Comme j’ai eu jadis à démêler le merveilleux monde de la philanthropie dans une tentative de dénicher des sources de revenus pour une radio communautaire, vous comprendrez que la publication Quand le monde des affaires se mêle de nos affaires que je viens de découvrir m’a beaucoup intéressée.

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Comme la radio ne pouvait pas émettre de reçu qui donnent droit à un crédit d’impôt pour don de bienfaisance, impossible d’obtenir le soutien d’une fondation. C’était frustrant. Une radio communautaire, même si elle n’est pas un organisme de bienfaisance, peut contribuer à sensibiliser la population à diverses causes.

J’avais fini par comprendre qu’il fallait y aller par la porte arrière, c’est-à-dire par dénicher un organisme de bienfaisance qui aurait le goût d’utiliser les ondes radios pour faire avancer sa cause. Du contortionnisme, quoi.

Mais il y avait un autre problème: les fondations philanthropiques sont riches, mais dépensent peu. Pour l’ensemble du Canada, elles auraient présentement plus de 100 milliards de dollars d’actifs et elles avaient un quota de versement de 3.5%.

Y’a tout de même une bonne nouvelle, deux en fait.

La première, c’est qu’elles devront décaisser plus d’argent chaque année (5% au lieu de 3,5%). La seconde, c’est un assouplissement des règles concernant l’attribution de ressources philanthropiques à des donataires non reconnus.

Il n’en demeure pas moins qu’on doit de poser de sérieuses questions sur le fait que les fondations philanthropiques accumulent de plus en plus de sous, alors que les services publiques se détériorent avec les baisses d’impôts consenties par nos gouvernements.

C’est que voyez-vous la philanthropie n’est pas tout à fait un geste purement altruiste. Elle s’accompagne, à travers des fondations, à la fois d’importantes déductions fiscales et d’un poids non négligeable sur des enjeux qui concernent l’ensemble de la société.

La publication que je cite au début de ce billet pose fort bien le risque qui découle de ce poids:

Force est de constater que le milieu communautaire tend de plus en plus vers la philanthropie. Par nécessité financière, mais également parce que tout le discours dominant nous vante ses mérites et ses bienfaits. Sommes-nous en train de participer au démantèlement et à la privatisation du filet social? Quand le monde des affaires se mêle de nos affaires.

Ce n’est pas un débat qui date d’aujourd’hui. Comme les recettes fiscales et par conséquent le financement des services publics diminuent, les fondations ont le champ libre pour prendre la place.

Au fil des années, au lieu de s’améliorer en faveur des contribuables, la situation semble se détériorer à l’avantage des grands philanthropes. Brigitte Alepin, citée dans Philanthropie et fiscalité. Observatoire Philab. 2019.

Ces grands philanthropes ont un poids démesuré dans des domaines d’intervention qui devraient plutôt relever de choix de société.

Il faut se redonner des services publics et un financement public des organismes communautaires à la hauteur de nos besoins.

La philanthropie je veux bien, mais pas à la place d’un financement public adéquat.


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