Les naufragé·e·s du Net

Aujourd’hui en lisant un mot de la journaliste Gabrielle Anctil sur le site de Québec Science, j’étais prise entre deux sentiments: la fierté de maitriser passablement d’aspects liés à l’utilisation des ressources numériques, mais aussi l’inquiétude pour celles et ceux qui souffrent d’illectronisme.

#Numérique #ServicesPublics #Internet

J’utilise les possibilités d’Internet pour plusieurs raisons: prendre des rendez-vous médicaux, me faire livrer l’épicerie (pratique en hiver quand il fait vraiment froid), faire à l’occasion des achats quand je ne trouve pas dans les commerces locaux, échanger avec plusieurs personnes qui vivent au Québec et ailleurs dans le monde (vive le Fédivers), écouter de la musique, accomplir des tâches administratives pour ma copropriété, payer mes taxes et impôts…

Ce sont là quelques exemples de l’importance qu’a prise pour moi la capacité d’utiliser les ressources numériques en ligne. Si vous avez lu mes autres billets, vous savez que je le fais tout en prenant des mesures pour tenter de limiter la cueillette de données personnelles me concernant.

Certes, les nouvelles technologies sont bien pratiques, mais là où cela m’inquiète, c’est d’une part que l’on finisse par ne plus pouvoir parler à un seul être humain en chair et en os pour obtenir un service public – ce n’est pas vrai que les systèmes de réservation en ligne, même intelligents, peuvent tout régler – et d’autre part qu’une partie de la population souffre de la difficulté, justement, de devoir passer par Internet alors qu’ils ne maitrisent ni l’accès, ni la participation à l’univers numérique. Parfois même qui n’y ont carrément pas accès.

On fait quoi pour ces gens qui pourtant, on droit aux services publics autant que nous qui savons comment profiter de l’accès numérique à ces mêmes services.

Et je ne parle pas de l’accès à des services privés tel les bonnes vieilles caissières, ou caissiers, dans les épiceries. Parce qu’il y a cet aspect là aussi à prendre en compte dans le tout au numérique: la multiplication des caisses automatiques dans les supermarchés.

Le parti du gouvernement au pouvoir à Québec se demande en ce moment quels services devraient prioritairement être confiés à l’intelligence artificielle, au public et au privé mais aussi comment offrit un meilleur accompagnement aux populations plus vulnérables dans leurs interactions avec les services automatisés. Est-ce qu’on envisage qu’il y aura encore moins de personnel avec qui interagir dans les services publics?

Mais ce que je n’aime vraiment pas dans la poussée du numérique, c’est quand en France un déontologue d’entreprises écrit que les personnes qui résistent au tout connecté «se rendent compte que cette déconnexion désirée, loin de leur apporter le bonheur souhaité complexifie sérieusement leur quotidien». Euh, peut-être qu’il faudrait commencer par se demander à quoi est due leur résistance?

Peut-être aussi que le bonheur n’est pas dans les prés du numérique.

Sans nécessairement freiner les efforts pour augmenter la capacité de numériser les services publics, on devrait sérieusement se demander s’il n’y aurait pas lieu de faire un pas de côté et de réfléchir à la façon de maintenir un accès non numérique.

D’ailleurs il me semble qu’on devrait réfléchir davantage a un simple calcul: comment fait une personne seule, ou un couple, ou une famille, qui arrive à peine à se payer le strict minimum, si en plus elle doit ajouter l’achat d’un ordinateur et l’abonnement à un service internet pour pouvoir bénéficier d’un accès équitable aux services publics?

Quant à moi, je ne voudrais pas un jour me retrouver devant un robot doté d’intelligence artificielle qui procède à l’examen médical pour lequel j’ai pris rendez-vous sur le site de Santé Québec.

Ce serait tout un naufrage du côté humain si essentiel des services publics.

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En complément: Inégalités d’accès et d’usage des technologies numériques : un déterminant préoccupant pour la santé de la population? INSPQ, juin 2021.


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