Intelligence artificielle au Québec: prêt, pas prêt?

Cette semaine sortait le rapport Prêt pour l’IA, commandé par le gouvernement du Québec. À en croire ce que je lis dans les médias québécois à propos des suites à donner à ce rapport, le Québec serait mûr pour adopter une loi encadrant l’intelligence artificielle. Ce ne serait pas aller trop vite en affaire?

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Comme plusieurs, j’ai des doutes. Plus particulièrement à propos de l’utilisation de l’intelligence artificielle dite générative qui est une des formes de cette technologie que l’on dit intelligente. Le rapport Prêt pour l’IA prend bien soin d’ailleurs de préciser qu’il y a différentes catégories d’IA (page 4 du Rapport).

J’étais donc rassurée quand j’ai lu ce qui suit dans le Dossier thématique sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle publié en même temps que le Rapport:

Afin de déterminer quelles mesures pourraient permettre de maximiser les avantages et de réduire les risques de l’IA sur la vie démocratique, l’environnement et la culture, il faut d’abord en avoir une compréhension approfondie. Or, les connaissances relatives à ces avantages et à ces risques sont encore insuffisantes. Page 8 du Dossier sur les impacts sociétaux de l’IA.

J’étais rassurée parce que mes doutes viennent justement du flou artistique entourant le déploiement accéléré de l’IA.

En tout, il y a six dossiers thématiques couvrant la gouvernance de l'IA, les investissements en recherche et dans le secteur privé, l'utilisation de l'IA par l'État, les impacts de l’IA sur le travail et l'emploi, les autres impacts sociétaux de l'IA et enfin le rôle du Québec dans l'encadrement international de l'IA.

Les «autres impacts sociétaux» (le 5e dossier), ne vous y trompez pas, c’est majeur. Ça couvre la démocratie, l’environnement ainsi que les arts et la culture au Québec. Rien de moins.

Il y a plusieurs recommendations dans ce dossier. La première, vous n’en serez pas surpris, c’est de soutenir la recherche scientifique sur l’IA dans le contexte québécois. Certains diront que les universitaires se cherchaient de l’ouvrage, en faisant remarquer qu’ils et elles étaient plus de 67% des parties prenantes consultées pour ce dossier.

Soit, mais tout de même. Quand la communauté universitaire consultée dit qu’on a besoin d’une compréhension approfondie à la fois des avantages et des risques de l’IA, on se doit de l’écouter.

Parce que les enjeux sont réels.

Prenons ceux liés à la démocratie. Il faudrait être complètement déconnecté pour ne pas être sensibilisé aux risques de l’IA sur la démocratie.

Une des recommandations est de mettre de l’avant l’importance du travail des journalistes pour la démocratie. Il me semble qu’à l’importance j’aurais ajouté «et la compréhension du travail journalistique».

Parce que parmi celles et ceux qui vont régulièrement naviguer dans Internet, plusieurs ont besoin de comprendre la différence entre une information journalistique et une information qui mélange délibérément le vrai et le faux, voire qui fabrique carrément du faux semblant vraisemblable.

Une autre recommandation qui m’apparait aller de soi, c’est de soutenir les organisations de la société civile (OSC).

Les OSC défendent les intérêts des individus et des groupes, et font entendre leur voix. En ce sens, elles occupent une place essentielle dans les sociétés démocratiques en attirant notamment l’attention sur des questions et préoccupations diverses qui échappent souvent aux différentes instances politiques traditionnelles. Page 15 du Dossier sur les impacts sociétaux de l’IA.

Le hic que souligne à la même page le dossier, c’est que «plusieurs OSC n’ont pas les ressources nécessaires, sur les plans financier, humain et technologique, pour faire face aux différentes préoccupations soulevées par l’IA, notamment en ce qui a trait à la démocratie, aux arts et à la culture ainsi qu’à l’environnement.»

Suivent une série de recommandations qui ont trait au maintien d’un dialogue avec les OSC et au soutien d’initiatives de leur part visant à faire face à certaines problématiques soulevées par l’IA , ainsi que dans la mise à niveau de leurs infrastructures numériques afin qu’ils puissent bénéficier des avancées liées à l’utilisation de l’IA.

Toujours à propos de la démocratie, on peut lire une réflexion fort pertinente sur les principaux risques liés au déploiement de l’IA dans les dimensions électorale, délibérative et contestataire de la démocratie (pages 18 à 26).

Je n’ai pas abordé les autres aspects des impacts sociétaux de l’intelligence artificielle, soit l’environnement ainsi que les arts et la culture, mais j’espère vous avoir donné le goût d’aller parcourir ce dossier.

Pour ma part, j’en retire que c’est bien beau une loi pour encadrer l’IA, mais ça ne garantirait pas que nous serions pour autant prêts à faire face aux nombreux enjeux sociétaux posé par l’intelligence artificielle.


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