Vieillir dans l'angoisse de perdre son logement

Il y a des formes de maltraitance qui font mal et surtout, qui en disent long sur les valeurs qui nous habitent. Prenez les rénovictions, ces évictions sous prétexte de faire des rénovations qui exploitent les zones grises de la loi afin, notamment, d’augmenter substantiellement le prix du loyer. C'est particulièrement choquant quand se sont des personnes âgées vulnérables qui en font les frais.

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En février dernier j'ai fouillé la question de la maltraitance des personnes âgées. Je n'avais pas alors abordé l'impact sur ces personnes des évictions de logements qu'elles habitent depuis plusieurs années.

Ce matin, quatre associations représentant des personnes aînées, ainsi que des personnes retraitées et deux députés de Québec solidaire, rendent publique un appel à la ministre responsable de l'Habitation, France-Élaine Duranceau afin que les protections en place depuis l'adoption de l’article 1959.1 du Code civil du Québec, mieux connu sous le nom de loi Françoise David, s’appliquent dès l’âge de 65 ans, pour des personnes aînées ayant vécu depuis au moins 5 ans dans leur logement et dont le revenu se situe à 1,5 fois le taux d’admissibilité à un HLM.

Adoptée il y a 10 ans, la Loi Françoise David offre une protection contre les évictions aux personnes aînées âgées de 70 ans et plus, habitant depuis au moins 10 ans dans leur logement et dont le revenu ne dépasse pas le seuil d’admissibilité à un HLM.

En avril dernier, le premier ministre n'a pas dit non à l'adoption d'un projet de loi allant dans le sens de ce que demandent les quatre associations et les députés de QS, à l'origine du projet de loi en question.

La ministre Duranceau semble de son côté résister, sous prétexte que les propriétaires pourraient refuser de louer leurs appartements à des personnes dans la soixantaine.

La même ministre avait dit que renforcer la protection contre les rénovictions pourrait avoir l'effet pervers d'augmenter le harcèlement des propriétaires envers les locataires qu'ils veulent expulser.

C'est quand même incroyable de refuser de protéger les plus vulnérables d'entre nous sous de tels prétextes! C'est comme si la ministre des Transports disait que la protection dans les zones scolaires ne devrait pas exister parce que ça incite les conducteurs à foncer sur les élèves!

À ce que je sache, nous vivons dans une société de droits. La question n'est pas de savoir si une loi va être respectée ou non, mais si elle est juste et raisonnable.

Déjà que la Loi 31 ne fera qu'accentuer la marchandisation qui affecte le marché du logement depuis quelques années déjà. Le cas de résidences pour personnes âgées transformées en immeubles à appartement est particulièrement choquant.

En avril 2022, le professeur Steve Pomeroy de l’École de politiques publiques et d’administration de l’Université Carleton expliquait à Radio-Canada qu'Ottawa a beau mettre des milliards de dollars dans la construction de logements abordables, il s'en perd plus chaque année qu'il s'en crée.

Dans la nouvelle stratégie du logement, on va construire moins de 16 000 logements et on en perd 64 000, c'est un sur quatre. Nous perdons toujours des unités beaucoup plus rapidement que nous n'en créons de nouvelles. Malgré les milliards, la Stratégie nationale sur le logement connaît des ratés

Je ne sais pas ce qu'il en est pour le reste du Canada, mais au Québec ce n'est certainement pas la loi 31 qui va ralentir cette folie.

Une folie due au capitalisme qui donne lieu à une maltraitance sournoise envers les personnes aînées vulnérables.

Source de l’image: habitat-groupe.be


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