L'insoutenable consommation

En mettant l'emphase sur la consommation responsable, on ne fait que perpétuer un mode de développement qui ne peut pas tenir la route. Non seulement cela, mais en plus qui repose sur des mécanismes d’exploitation à la fois de la nature et des êtres humains.

#Capitalisme #Consommation #Écologie #Économie #Environnement #Exploitation

Je découvre l’écologie sociale en lisant un texte du sociologue Éric Pineault intitulé Pour une écologie sociale du capitalisme avancé, paru dans le Bulletin des membres de l’IRIS (reproduit sur le site Presse-toi à gauche).

Contrairement à l’économie politique qui analyse les structures classiques que sont les relations de production et de consommation, Éric Pineault axe son analyse sur quatre moments successifs: l’extraction, la production, la consommation et en bout de piste, la dissipation.

L’écologie sociale s’intéresse également à la manière dont le capital s’accumule à chacun de ces points et à la façon dont il se fixe dans des artefacts (…) L’accumulation du capital au point d’extraction, par exemple, se traduit en résistance des entreprises d’énergies fossiles à la transition écologique. L’accumulation de capital au point de dissipation (…) implique la même inertie matérielle. Pourquoi produire et consommer moins alors qu’il faut jeter plus pour rentabiliser ces sites du capital dissipatif ?

Recycler sans changer en profondeur nos habitudes de consommation nous procure une fausse bonne conscience. Paradoxalement, l’appel à recycler davantage plutôt qu’à jetter après usage (la phase de dissipation) ne sert en fait qu’à perpétuer un régime économique qui nous dirige écologiquement vers un cul-de-sac.

Éric Pineault en est bien conscient et il appelle plutôt à la décroissance.

Il y a toutefois une dimension de l’écologie sociale qu’il n’aborde pas et qui m’apparait pourtant fondamentale:

L’écologie sociale va plus loin en faisant le parallèle entre les mécanismes d’exploitation des humains et les mécanismes d’exploitation de la nature. Dans les deux cas, il y a une relation dysfonctionnelle où la domination est utilisée pour arriver à ses fins sans se soucier des conséquences. Aline Bué. Écologie sociale.

Murray Bookchin (1921-2006), le fondateur de l’écologie sociale, était convaincu qu’il fallait passer par un profond changement social pour résoudre les problèmes écologiques.

En somme, il faut plus que changer nos habitudes de consommation qui reposent sur l’exploitation d’une bonne partie de l’humanité. Pour que nous ayons tous une voiture électrique, pour ne prendre que cet exemple, il faut nécessairement que quelque part sur la Terre d’autres êtres humains en paie le prix.

Dans notre système actuel d’échanges.

En fait, on envisage des solutions au problème de surconsommation, allant de la décroissance au développement durable, comme si cette surconsommation n‘était pas le symptôme d’une économie profondément déséquilibrée au profit des riches corporations.

Mais la tâche de revoir les échanges dans le cycle allant de l’extraction à la dissipation est ardue. Comme l’écrivait Éric Pineault en 2010,

Le coeur du travail idéologique de l’économie politique moderne et de la science économique actuelle est de démontrer que l’organisation de la production, de l’échange et de la consommation sur la base du marché et de la propriété privée demeure la forme la plus rationnelle et efficiente d’organisation de cette dimension de notre existence sociale. Notes sur la question de l’après-capitalisme. Faut-il penser des alternatives économiques au capitalisme avancé ?

Murray Bookchin envisageait la constitution d’une «confédération d’écocommunautés» comme alternative. Un projet qui me semble plutôt utopique.

Quoi faire alors?

D’abord s’ouvrir les yeux. Nous les avons trop longtemps fermés sur les conditions déplorables dans lesquelles s’effectuent l’extraction d’une bonne part de la matière, ainsi que la fabrication d’une non moins négligeable part des marchandises que nous consommons.

Ensuite?

Voter pour un changement en profondeur de notre système économique qui ne fait que perpétuer ce à quoi je fais allusion dans le titre de ce billet.


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