J'achète peu de vêtements, suis-je normale?

Au cours des cinq dernières années, j’ai acheté deux leggings et quatre paires de bas. La pandémie a limité mes achats, mais même aujourd’hui je continue à me contenter de ce que j’ai. Déjà qu’avant, je renouvelais peu souvent ma garde-robe. L’addiction à l’achat de vêtements nouveaux demeure pour moi un mystère. Creusons donc.

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D’entrée de jeu, je tiens à préciser que si vous êtes du genre à faire des achats compulsifs, vêtements ou autre, sachez que ça se soigne.

Ceci dit, pour la majorité d’entre nous, surtout nous femmes, un sérieux examen de conscience s’impose: 100 milliards de vêtemens vendus chaque année dans le monde, c’est beaucoup trop.

Valérie Guillard, maîtresse de conférences en marketing à l’université Paris-Dauphine, à qui Reporterre demandait s’il est plus facile de modifier notre alimentation que nos habitudes de consommation liées à la mode, répondit qu’effectivement dans le cas de l’alimentation, «il n’y a pas cette dimension publique, sociale et identitaire que l’on retrouve pour les vêtements.»

Autre spécificité : on achète très souvent des vêtements. On a un petit coup de blues ? On achète un vêtement. On regarde ce que propose une marque, on trouve ça chouette, on achète. C’est un geste auquel on s’est habitué, on ne se questionne pas du tout sur le besoin. Voilà pourquoi le vêtement est une habitude plus difficile à changer que l’alimentation. Reporterre. Fast fashion : « Le vêtement est une habitude plus difficile à changer que l’alimentation » 8 novembre 2021.

Dans l’introduction du compte-rendu d’une étude récente en psychologie sociale portant sur les effets du style vestimentaire sur les interactions sociales et le comportement d’aide, on lit que

l'analyse du vêtement, inspirée par les travaux de Barthes et éclairée par des références contemporaines, révèle la richesse des significations symboliques et des fonctions sociales inscrites dans nos choix vestimentaires, positionnant le vêtement comme un moyen complexe d'expression individuelle et sociale. Golda Cohen et al. L’habit fait-il le moine ? Effets du style vestimentaire sur les interactions sociales et le comportement d’aide.

Je veux bien comprendre que l’on ait toujours attaché de l’importance à notre apparence, mais il me semble y avoir plus que cela comme explication à la quantité vertigineuse de vêtements fabiqués dans le monde qui a plus que doublé depuis le début des années 2000, alors que la populatio mondiale elle, est passée de 6,2 milliards à 8,1 milliards.

Il semble que les médias sociaux jouent un rôle non négligeable dans l’accélération de la Fast Fashion, au point où l’on en seraitrendu à l’Ultra Fast Fashion, sous l’influence de TikTok.

Have you ever had a dress put a curse on you and follow your every move? Without giving the plot away, that’s the concept behind the film “In Fabric”, in which a haunted red dress torments an unlucky shopper. (…) Companies like SHEIN and Boohoo have built their entire business on harnessing user data to predict what styles will sell next—and sell fast. What is Ultra Fast Fashion?

Ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance est devenu ultra sophistiqué et ultra performant dans sa capacité à influencer les habitudes d’achats vestimentaires.

Certains prédisaient à la sortie de la période d’isolement causé par la pandémie que cette tendance à l’achat frénétique de vêtements s’inverserait, mais c’est tout le contraire qui se produit.

The State of Fashion report notes that Shein is now producing an astonishing number of new items—2,000 to 10,000—every day. Shein and Temu are now each shipping out more than a million packages daily, The Wall Street Journal reported in December. Fast fashion is only going to get faster in 2024.

J’ai beau constater dans mes recherches que différentes méthodes sont proposées pour résister à cette tendance qui repose sur un marketing particulièrement agressif (un exemple: Stopping Fast Fashion: How Consumers Can Break the Addiction to Cheap Clothes), il semble que la seule intervention vraiment efficace doive passer par une règlementation de l’industrie du vêtement:

«Les consommateurs ne peuvent pas à eux seuls réformer le secteur textile mondial par leurs habitudes d’achat. Si nous laissons le marché s’autoréguler, nous laissons la porte ouverte à un modèle de “fast fashion” qui exploite les personnes et les ressources de la planète». Delara Burkhardt, rapporteure, Commission de l’environnement, Parlement européen Fast fashion: des règles plus strictes pour lutter contre la production et la consommation excessives

Ainsi, en juillet dernier, la Commission européenne de l’environnement a proposé des règles qui rendraient les producteurs responsables de l'intégralité du cycle de vie des produits textiles et qui les obligeraient à promouvoir la gestion durable des déchets textiles dans l'ensemble de l'Union européenne (UE).

Ce serait au moins un commencement.

Pendant ce temps, au Canada il ne se passe pas grand chose. Kelly Drennan, de l’organisme torontois Fashion Takes Action, estime que des règles semblables à celles proposées en Europe ne seront pas adoptées par le parlement canadien avant une dizaine d’années.

La vitesse d’intervention de nos parlementaires semble inversement proportionnelle à celle des entreprises dominant l’Ultra Fast Fashion.

D’ici là, je vais me tourner du côté de la Slow Fashion Slow Fashion Brands That’ll Help You Leave Fast Fashion in the Dust”).

Source de l’image: Disadvantages of Fast Fashion (and What You Can do to Help)”)


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