Avoir son chez soi: un actif ou un lieu de vie

Pourquoi au juste achète-t-on une propriété immobilière individuelle? Dans un contexte de spéculation soutenue et qui ne semble pas s’essoufler, alors que les revenus des ménages ne suivent pas, la question se pose.

#MarchéImmobilier #Spéculation

Je me souviens qu'on nous disait jadis que l'achat d'une maison est un très bon choix d'investissement. On a tellement bien compris que la spéculation a poussé le prix des maisons à la hausse et qu’aujourd’hui les revenus des jeunes ménages ne suivent plus.

De fait, la valeur moyenne de l‘actif que représente la résidence principale au Québec est passé de 150 100$ en 1999 à 293 300$ en 2016 (PDF). Évidemment, ça varie selon la région, mais ça donne tout de même une idée de l’importance prise par l’achat d’une résidence principale dans l’actif des ménages.

Le marché du logement locatif a aussi suivi cette tendance:

L’attitude face à la législation dépend en partie de la conception que l’on retient du logement, qui est constamment en tension entre d’une part l’idée que le logement constitue un bien essentiel (voire un droit fondamental), et d’autre part l’idée qu’il s’agit plutôt d’abord d’un actif pouvant générer des revenus. Analyse du marché de l'immobilier et de la rentabilité du logement locatif (Institut de recherche et d’informations socio-économiques. 2020.)

La location du type Airbnb dont je parlais dans mon billet du 5 février dernier est en quelque sorte l’illustration des pires extrêmes où peut nous mener la deuxième alternative.

Mais revenons aux propriétés individuelles. On peut se demander jusqu’à quel point le fait de se constituer un actif que l’on espère augmenter le plus possible nuit au fait de vouloir posséder son lieu de vie.

Parce que comme le souligne l’IRIS dans son étude de 2020, le fait que les prix des propriétés augmentent autant n’est pas dû simplement au jeu de l’offre et de la demande qui dépend d’éléments conjoncturels, elle résulte aussi d’une spécutation sur l’éventuel prix de revente.

Une fois qu’on a compris cela, on fait quoi?

Une des possibilités serait de favoriser davantage la propriété des terrains en fiducie foncière. Le coût des terrains est en effet un frein majeur à l’apparition de modes alternatifs de possession d’une propriété.

Il y a présentement, à l’échelle du Canada, une certain nombre de fiducies foncières communautaires qui achètent des bâtiments, des maisons et des habitations pour préserver le logement abordable dans leurs quartiers, à l’exemple de Solutions immobilier solidaire (SiS) au Québec.

La fiducie foncière peut aussi être utilisée pour acheter le fond de terrain de projets de cohabitat, une formule hybride entre un immeuble à condos, une coopérative d'habitation et une communauté de voisins tissée serrée.

Peu importe la solution, il faudrait d’abord se demander, comme société, si le fait de traiter la propriété immobilière individuelle comme un actif à faire fructifier est compatible avec le fait d’acquérir un lieu de vie.

Il me semble que c’est l’humain qu’il faudrait faire fructifier.

Photo: la maison de mon enfance.


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