Acheter les yeux fermés

S'il y a des entreprises qui fabriquent des vêtements au Québec, et même des entreprises qui se veulent éthiques, plus de 82% de nos vêtements viennent de l'étranger (Source Mutrec). On devrait se préoccuper autant des conditions dans lesquelles ces vêtements sont fabriqués que de l'impact environnemental de cette industrie.

#Achats #Capitalisme #Consommation #Ethique #Exploitation #FastFashion #MainDOeuvre #Travail

C'est en lisant l'article Garment workers’ unions must engage global brands on impacts of changing business strategies on workers’ rights du China Labour Bulletin que j'ai voulu fouiller la question. L'article porte sur les actions collectives menées par les ouvrières principalement dans des manufactures de vêtements.

Ces actions collectives sont dues à la contraction que ce secteur a connue en Chine en 2023, mais aussi du fait que la délocalisation qui a affecté notre propre secteur des textiles et des vêtements dans les années 1970, touche maintenant les ouvrières de Chine.

Le Bangladesh, deuxième pays producteur mondial de vêtements, a aussi été l'objet de demandes collectives de la part des ouvrières qui demandaient un salaire minimum mensuel. Il faut dire que ce pays fut le «bénéficiaire» de la relocalisation de manufactures chinoises.

Dans les pays où sont fabriqués nos vêtements, au-delà de l'aspect environnemental (voir mon billet J'achète peu de vêtements, suis-je normale?), il y a l'aspect humain.

Le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et le Mouvement ACTES de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont développé plusieurs outils pédagogiques pour mieux comprendre les répercussions de l’industrie du textile sur les droits de la personne et sur l’environnement.

Dans un de ces documents, destiné aux enseignantes et enseignants, on apprend que plus de 91 millions de personnes travaillent pour l'industrie du textile qui comprend la fabrication de vêtements, dont plus de 80% sont des femmes.

Celles-ci sont très mal payées et en plus, elles doivent souvent faire de longues heures de travail.

Depuis de trop nombreuses années, les organisations de défense des droits humains au travail documentent les violations systémiques des droits des travailleurs·ses liées au modèle de production dans l’industrie de l’habillement. La pression sur les coûts et les délais de production, dans le but d’accroître les profits, pèse avant tout sur les ouvriers et les ouvrières au bout de la chaîne, qui en paient le prix fort. Fashion Revolution Week : 11 ans après le Rana Plaza où en est-on ?

On peut se donner bonne conscience, acheter moins et acheter éthique. Une recherche dans DuckDuckGo avec les mots «acheter vêtements éthiques» et la région de recherche Canada fr permet de découvrir des entreprises québécoises qui fabriquent des vêtements éthiques.

L’Observatoire de la consommation responsable de l’ESG UQAM qui sonde les Québécois·e·s pour son Baromètre annuel de la consommation responsable constatait une baisse des personnes sondées sont capables de mentionner une marque à leurs yeux responsable en 2023.

Déjà qu'entre être en mesure de nommer une marque responsable et acheter responsable, il y a une marge.

Tant qu'acheter éthique demeure à petite échelle, ça ne règle pas le problème fondamental d'un système économique dominant qui repose largement sur l'exploitation des ouvrières et ouvriers dans des pays où les salaires sont très bas, les conditions de travail pénibles et les droits quasi inexistants.

C'est sur les effets pervers de ce système économique qu'il faut s'ouvrir les yeux.


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