Émission ConTempo du 4 octobre 2021 sur CKIA-FM 88.3

 

À nouveau je vous convie à la découverte ou peut-être redécouverte d’oeuvres actuelles. La première est inspirée d’un personnage de légende, la reine Mab, apparue dans de nombreuses œuvres théologiques et artistiques. Dans l’oeuvre, la compositrice américaine Missy Mazzoli (1980) fait sienne la sauvagerie du voyage de la reine Mab et des rêves qui en résultent ; les ornements baroques s’enroulent autour de longues séquences legato et les mélodies rebondissent entre les musiciens. La musique suit une sorte de logique de rêve, mais revient sans cesse au matériau d’ouverture, ce qui donne lieu à ritournelle insistante et déjantée: Le quatuor pour la reine Mab (2015) provient de l’album Many-Sided Music, Vol. 2: Ariel & Other Poems (Label: Azica Records).

La pièce qui suit est de Ondrej Adámek (Prague, 1979), un compositeur constamment à la recherche de techniques de jeu distinctes tant pour des instruments classiques que pour des instruments qu’il n’hésite pas à créer au besoin. Dans le dernier album présentant ses oeuvres, nous pouvons retrouver un panorama de sa musique. J’ai choisi de vous faire entendre, interprétée par l’Ensemble Orchestral Contemporain sous la direction de Daniel Kawka, la pièce qui donne son nom à l’album: Sinuous Voices (2009) (Label: AEON). Il s’agit de la version revisée de l’oeuvre Sinous Words composée en 2004, alors créée à Montréal par le Nouvel Ensemble Moderne sous la direction de Lorraine Vaillancourt.

On enchaine avec une pièce de la compositrice polonaise Agnieszka Stulgińska (1978) dont l’opus comprend autant des oeuvres électroacoustiques qu’orchestrales, mais qui a également composé de la musiques de films ainsi que d’accompagnements de projets multimédias, et qui coopère volontiers avec des photographes, des designers, des artistes visuels et des chorégraphes. Sa musique puise dans le riche héritage de l’avant-garde polonaise des décennies précédentes. L’oeuvre que vous pouvez entendre dans l’émission, Let’s meet (2007) a été composée pour deux pianos préparés. Elle est interprétée par le duo Lutosławski, dans l’album Agnieszka Stulginska: Chamber Works (Label: DUX).

La prochaine pièce est du compositeur Joe Cutler (1968), natif de  l’Angleterre. Dans sa musique, il explore souvent un monde d’extrêmes. L’oeuvre en est un bon exemple, Elle provient de l’album Hawaï, Hawaï, Hawaï (Label: Birmingham Records Company) qui comporte des enregistrements  en direct de quatre œuvres de lui écrites sur une période de deux décennies. Dans l’oeuvre intitulée Bad Machine (2001), interprétée par Orkest De Ereprijs, le pianiste se retrouve piégé dans les mécanismes brutaux d’une machine, une métaphore représentative de ce que plusieurs ont sans doute ressenti à un moment où l’autre. Certains reconnaîtront la main de son maître, le compositeur Louis Andriessen décédé en juillet dernier, dans l’ouverture de la pièce, mais c’est une illusion vite dissipée, démontrant que l’élève s’est de toute évidence émancipé du maître.

La compositrice canadienne Keiko Devaux (1982) a remporté la première toute commande de la fondation Azrieli pour musique canadienne. C’est sa composition primée Arras (2019) que je vous présente, interprétée par le Nouvel Ensemble Moderne sous la direction de Lorraine Vaillancourt. L’oeuvre fait partie du tout récent album Nouvelle musique juive, vol. 3 (Label: Analekta). Elle se veut le reflet de son double héritage français et canado-japonais. Née en Colombie-Britannique, Keiko Devaux fut membre du groupe indie rock d’Ottawa The Acorn au début des années 2000. Après un baccalauréat en musique (Écriture musicale) et une maîtrise en composition instrumentale de l’Université de Montréal, elle est présentement doctorante à l’Université de Montréal en composition et création sonore, sous la direction de Ana Sokolovic et Pierre Michaud. Elle est par ailleurs présidente du conseil d’administration de la société de concerts Codes d’accès qui se consacre entièrement aux artistes en émergence des musiques nouvelles.

Après Montréal, on se rend à Toronto avec le prochain compositeur qui est également pianiste, chef d’orchestre, éducateur, parmi ses nombreuses activités, Saman Shahi (1980). Il puise ses inspirations autant dans la musique classique, la musique nouvelle, la musique traditionnelle iranienne, le rock et la musique électronique. Par ailleurs, il est un ardent défenseur de la nouvelle musique canadienne en tant que pianiste et chef d’orchestre. C’est le troisième cycle de chants de l’album Breathing in the Shadows (Label: Leaf Music) que nous écoutons dans l’émission. L’improvisation, le minimalisme, les pratiques musicales de l’art contemporain, la musique iranienne traditionnelle et la musique populaire — et en particulier le rock — figurent parmi les paysages sonores qui définissent ce cycle. Saman Shahi lui-même accompagne au piano la soprano Tiffany Hanus dans Songs of a wandering soul (2020).

Ensuite, l’ensemble Wet Ink de New York, un collectif de compositeurs, d’interprètes et d’improvisateurs qui se consacre à la création musicale, interprète une oeuvre de la compositrice Charmaine Lee (1991). Née en Australie, elle est basée à New York. Sa musique est essentiellement improvisée, privilégiant la spontanéité, le jeu et la prise de risque. Wet Ink mise sur l’innovation par la collaboration de l’ensemble principal de compositeurs-interprètes, mais aussi dans des projets avec un large éventail de créatrices et créateurs. L’album d’où provient la pièce rassemble quatre œuvres pour instruments et électronique. Le matériau de la pièce que j’ai choisie est constitué de sifflements, de chuchotements, de frottement papier de verre, de sensations textuelles et d’énoncés vocaux. Elle s’intitule Smoke, Airs (2017 rev. 2019) et elle est également de titre de l’album (Label: Huddersfield Contemporary Records).

Une courte pièce de Gabriella Smith (1991) termine l’émission. La compositrice a grandi dans la région de la baie de San Francisco. Elle a tôt appris violon et écrit de la musique, mais aussi se sensibilisant à la défense de la nature. Elle a ainsi contribué bénévolement à un projet de recherche sur les oiseaux chanteurs. L’état de notre environnement la préoccupe beaucoup. Nombre de ses œuvres traitent de la crise climatique et de la destruction de l’environnement. Son dernier album, Lost Coast (Label: Bedroom Community), témoigne de ses éflexions sur les changements climatiques dont elle voit les effets dramatiques dans sa région natale, des feux de forêts intenses qui dévorent tout sur leur passage. La pièce Swept (2019) que je vous présente d’elle a été enregistrée en Islande, lors d’un blizzard qui a duré plus de 3 jours en décembre 2019, par le violoncelliste Gabriel Cabezas. Elle semble électronique mais il s’agit en fait d’un violoncelle entièrement acoustique joué avec des trombones attachés aux cordes. 

C’est tout pour cette semaine. Vous pouvez soutenir la radio communautaire CKIA-FM 88.3 en vous rendant sur cette page.