Émission ConTempo du 20 septembre 2021 sur CKIA-FM 88.3

 

Tout comme dans celle du 13 septembre, l’émission débute par un mélange de musique et de poésie, Triptych of Gossips de l’album Mangetsu du Label New Focus Recordings, une oeuvre de la compositrice Linda Dusman. Il y une quinzaine d’années, parmi des formulaires et des mémos qu’elle reçoit, là où elle enseigne, il y avait le poème «Triptych of Gossips» de Serena Hilsinger. Poème que hélas je n’ai pas réussi à retrouver. Quoi qu’il en soit, elle s’en est inspirée pour composer une œuvre exigeante pour la voix, mais aussi drôle, un réquisitoire et une sorte de séance publique. C’est le duo Della Luna qui interprète l’œuvre, un duo formé de la soprano Susan Botti et de la violoniste Airi Yoshioka qui toutes deux ont consacré leur carrière à la musique nouvelle.

Même s’il a des ancêtres en commun avec les Québécois, Pierre Jalbert, le prochain compositeur dont je présente In Terra, de l’album récent String Theory du Label Orchid Classics, est Américain (on me pardonnera d’avoir situé sa naissance dans le Massachusetts au cours de l’émission; il est née à Manchester, New Hampshire). Le prestigieux New Yorker l’a décrit comme « un maître reconnu de la musique de chambre ». Bien que je sois d’accord avec ce compliment, j’ai plutôt choisi de vous présenter de Jalbert une œuvre pour orchestre symphonique. Elle est interprétée par le Shepherd School of Music Symphony. À travers celle-ci, Jalbert réfléchit aux processus de développement de la terre, qui évolue lentement ou qui change soudainement.

La prochaine œuvre est interprétée par l’Ensemble loadbang (trompette, trombone, clarinette basse et voix de baryton), auquel se joignent six violonistes, trois altistes, deux violoncellistes et une contrebasse. L’ensemble loadbang s’est donné comme mission de créer un nouveau type de musique pour ensemble mixte. L’œuvre, intitulée CVS, provient de l’album Plays Well With Others du New Focus Recordings. Elle est de Scott Wollschleger, un compositeur né en Pennsylvanie en 1980. Sa musique est saluée à la fois pour ses timbres surprenants et son originalité conceptuelle. Une grande partie de sa musique se caractérise par son lyrisme, mais il ne s’agit pas d’un lyrisme romantique, plutôt d’un lyrisme intemporel. Ça se sent dans la pièce que je vous présente de lui. Elle est à la fois une réflexion et une réponse à l’incohérance dans notre notre expérience médiatique de la société quotidienne peut sembler onirique et fragmentaire, rendant souvent impossible de trouver un sens à tout cela.

Sorti récemment par le Label Sono Luminus, L’album Northscapes (Paysages Nordiques) d’où provient la prochaine pièce, présente des œuvres des premières décennies du 21e siècle par des compositeurs et compositrices des pays nordiques et baltes Européens. J’ai choisi de vous présenter celle d’Anna Thorvaldsdottir (née en 1977) qui s’est imposée comme l’une des compositrices les plus créatives et parmi les plus jouées de sa génération. Il y a chez elle une grande sensibilité à l’environnement sonore. L’œuvre s’intitule Scape et elle est interprétée par la pianiste Ieva Jokubaviciute.

Lo Kristenson, lo compositrice de l’œuvre qui suit, Vridna, Vågsång (album Wooden Bodies du Label Footprint), s’intéresse dans ses recherches musicales aux formes circulaires mais aussi sinueuses, c’est-à-dire  qui dessine une série de courbes et de replis. Dans sa quête elle explore les détails infimes de la résistance, de l’énergie, de la pression et de la lente croissance. Lo Kristenson est née en Suède, en 1991. Pour elle, la création c’est la résistance. Quand on y pense, mais il y a une forme de résistance dans les instruments de musique. Pour elle, la résistance ça peut être le poids et la pression, mais aussi la force et l’énergie. La résistance qui résiste, qui enfonce, qui donne la frustration et la lourdeur mais aussi la résistance qui donne la force et une sorte de joie sauvage et colérique. La résistance est interruptive. La résistance peut être des expériences d’oppression, des expériences qui s’installent dans le corps. Sur une notre plus positive, pour elle la résistance peut aussi donner le pouvoir. C’est le quatuor Malva, formé de quatre musiciennes suédoises, qui interprète l’œuvre.

On fait un saut arrière de génération avec le prochain compositeur, Timothy Kramer, puisqu’il est né en 1959. Un saut de continent aussi, étant donné qu’il est né aux États-Unis plus précisément à Seattle. Ses œuvres témoignent d’une fascination pour les motifs visuels, les cycles et les gestes musicaux qui se déploient dans une variété de tempo, mais aussi une variété de textures. Le Label Navona a sorti en 2020 l’album SENTINELS qui regroupe les œuvres orchestrales de Timothy Kramer. L’album s’intitule  et il couvre plusieurs décennies, avec des influences allant du baroque au rock. Le titre de l’album fait référence aux fameuses pierres de Stonehenge, qui figurent sur la pochette.  À propos de la pièce que je vous présente, Sentinels of the Dance, Kramer dit que « c’est peut-être la plus « sauvage » de [ses] œuvres précédentes, et [sa] première œuvre orchestrale». Elle est interprétée par l’Orchestre Philharmonique Janacek, sous la direction de Jiri Petrdlik.

L’album dont provient la prochaine pièce est une initiative de l’altiste irlandaise Laura Sinnerton qui a commandé et qui interprète les œuvres de six compositrices et compositeurs, tous âgées de moins de 35 ans. L’album,, sorti en juin dernier, s’intitule Inner Voices (Birmingham Record Company). L’œuvre est de la compositrice Jimena Maldonado, une œuvre qui superpose plusieurs enregistrements de l’alto de Sinnerton, combinant des notes naturelles et leur lente transition vers des harmoniques. Née à Mexico en 1988, Jimena Maldonado a fait des études en composition et théorie musicale,  et en photographie. Il n’est donc pas étonnant que sa pièce, Where There Was Wood is Now Water, soit basée sur une œuvre photographique, plus précisément sur la série photographique « Water table » d’Anthony McCall.

Pour la pianiste Agnese Tonuitti qui interprète la prochaine pièce, entrer dans une nouvelle partition c’est comme ouvrir une porte, avoir en main une clé d’accès magique à l’univers intérieur d’une autre personne – sa musique, tout d’abord, mais aussi un monde de sentiments, de pensées, de décisions et de réactions, une vision individuelle de la vie. Pour elle, un tel privilège se mérite : en effet, comme dans tout conte digne de ce nom, la clé magique doit être activée, déchiffrée, comprise. C’est ainsi qu’Agnese Tonuitti décrit sa rencontre avec les partitions dans les notes de l’album subtle matters, sorti récemment par le Label Neuma Records. Celle que vous entendez dans l’émission est celle du compositeur Tan Dun, né en 1957 à Changsha, dans la province du Hunan en Chine. L’œuvre s’intitule C-A-G-E, pour piano (1994).  Tan Dun, il a d’abord appris l’alto, plus tard il a  été arrangeur à l’opéra de Pékin. Puis il a étudié au Conservatoire central de musique de Pékin. En 1986, il s’installe à New York. C’est là qu’ill est entré en contact avec la musique de John Cage, entre autres. Cage est mort en 1992 et la pièce a été composée en 1994 pour lui rendre hommage.

La dernière pièce de l’émission est interprétée par la multi-instrumentiste Dorrit Bauerecker. Elle provient de l’album récent One Woman Band (lien vers le livret de l’album, en allemand et en anglais) du Label Kaleidos. Celle-ci y démontre de manière impressionnante ses capacités en tant que one-woman-band. Elle nous convie à un cirque sonore, entre le pur divertissement et profondeur, expérimentation et collages sonores. Le sous-titre de l’album dit bien ce à quoi il faut s’attendre: Experimental Music Circus. La compositrice de l’œuvre gfätterle que j’ai choisie de vous faire écouter, Oxana Omelchuk, est née au Bélarus en 1975. Elle vit à Cologne en Allemagne.

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