Ça recommence !

Il est là. Il ne bouge pas. Il endure. Si, il bouge. Il tourne les pages de son journal. Elle gesticule. Elle ne fait que gesticuler. Plus il lit, plus elle gesticule. Ça l’emmerde. Ça la fait chier. Elle déteste qu’il lise son journal quand elle gesticule. Écoute-moi quand je te parle. Bon Dieu.

Ça commence mal. Au fait, y a-t-il une journée où ça commençait bien. Vingt ans que ça commence mal. Au début oui, c’était bien. Ils s’envoyaient en l’air. Tellement qu’il en avait des sueurs dans le bas du dos. Elle, oh ! oh ! hooooo ! Pas besoin de se parler quand tous ces oh lui passe par la tête. Oui, mais après… Il n’est pas jaseur, ne l’a jamais été. Alors, elle s’ennuie. Elle est frustrée.

Au début, elle aimait le regarder dormir. Elle se disait, j’ai contenté mon homme. Puis elle a eu un doute. Doute (Larousse) : Manque de certitude, soupçon, méfiance quant à la sincérité de quelqu’un, la véracité d’un fait, la réalisation de quelque chose (surtout pluriel). Elle a eu des doutes.

Après les doutes virent les tempêtes. Tous les couples les vivent. Du moins elle s’en persuade. Ça tangue fort. Pas dans le lit. Là, c’est plutôt le calme plat.

Il y a toutes sortes de tempêtes. Les courtes ; elles apparaissent sans crier gare, se calment en un rien de temps. Il suffit d’un pardonne-moi chérie, je t’aime. Ensuite, les plus coriaces. Les reproches pleuvent. On se noie dans les pleurs. Il vaut mieux, dans ces moments, retraiter sur son île intérieure. Le silence endort. C’est plus long, mais ça finit par se calmer. Jusqu’à la prochaine.

La sournoise suit. On ne la voit pas venir. Je vous explique. L’homme est distant. Pas besoin de mal de tête. Juste le raidissement qu’il faut. Quand il ne bande plus et que son corps se durcit aussitôt qu’elle le frôle. Elle se demande ce qu’elle a fait. Il se demande ce qu’il fait dans ce lit. Ça dure un moment. Puis elle n’en peut plus. Les éléments se déchaînent.

(Elle) Espèce d’enfoiré. Enculé de mes deux. La petite affaire molle que tu as entre les jambes, elle sert à quoi ?

(Lui) Pardonne-moi chérie (air narquois) mais elle ne veut pas raidir pour rentrer dans ton bordel puant. Regarde-toi, t’es tellement moche !

(Elle) Mon bordel puant ! Tu ne t’es pas senti. Je serais une prostituée dans la rue que je détournerais les yeux pour que tu ne m’approches pas. Minable !

Les gentillesses tombent ainsi, drues comme de la grêle. Aucune retenue. Après, c’est la dévastation. Y’a même plus de pots à recoller. Tout est en miettes, infimes miettes.

Par bonheur, il arrive qu’ils n’aient pas d’enfant. La valise se ramasse sur le bord de la porte. Dégage. Je t’ai assez vu. Tu as fini d’empoisonner mon existence. Ouste ! Du vent.

S’il y a un ou des enfants, c’est plus compliqué. Il faut négocier. À moins de filer en douce. Très masculin, filer en douce.

Quand le couple s’écroule, les enfants tombent en ruines. Ça leur prend beaucoup de résilience. Surtout si la guerre se poursuit au-delà de la rupture. Quoique parfois, ils sont plus heureux quand leurs parents se séparent. Mieux vaut cela que de vivre dans un champ de mines, surtout au beau milieu des ruines qui parsèment désormais la résidence.

Les ex et leurs enfants s’épanouissent dans des voies divergentes qui croisent souvent d’autres voies divergentes. Enfin, plus souvent quand on est un homme. La solitude les rend dingues.

(Elle) Mais pourquoi il l’aime cette mocheté ? Autant de charme qu’une baleine échouée. Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ?

(Lui) Non mais t’as vu son mec. Je ne peux pas croire qu’elle le trouve à son goût !

Tous les goûts sont immatures. C’est après qu’on réfléchit. On se demande si ça valait le coup de recommencer. On se met à douter. Il m’aime, ou il m’a choisie pour montrer à son ex qu’il pouvait encore séduire.

On se demande si ça va durer cette fois-ci. L’amertume d’avant continue de nous habiter. Ou alors c’est la culpabilité. Surtout si la nouvelle aventure a débuté avant que l’ancienne ne finisse. Comment va-t-il réagir ? Je n’ai jamais cru qu’il pouvait être violent, mais là j’ai un doute.

Refaire sa vie. Vous prenez un bout de vie A divorcé d’un bout de vie B, puis vous le rattachez à un bout de vie C divorcée d’un bout de vie D. Ça paraît simple, non ? Pourquoi A et C seraient-ils plus stables que A et B ? Objectivement, selon les lois des mathématiques, il n’y a aucune raison.

Parce que c’est la raison qui a mis A et B ensemble ? Ça tient à autre chose. Les termes de l’ancienne équation n’arrivent pas à rester seuls, peinards, à l’abri d’une autre relation vouée à l’échec. Où alors, ils n’apprennent pas. Ils ne veulent pas apprendre.

Alors, ça recommence.

Il est là. Il est là. Il est là. Il ne bouge pas. Il endure. Si, il bouge. Il lit son journal. Elle gesticule. Elle ne fait que gesticuler. Plus il lit, plus elle gesticule. Ça l’emmerde. Ça la fait chier. Elle déteste qu’il lise son journal quand elle gesticule. Écoute-moi quand je te parle. Bon Dieu.

CopyrightDepot.com number 00062206-1

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s